
Je n'ai toujours pas parlé d'elle, cette petite créature qui en ce moment même se prélasse sur mes genoux. Je voulais vous conter l'histoire d'un animal plein de courage. Plein d'un courage qui est, j'en suis convaincue, inconnu à beaucoup de gens dits malchanceux, à qui l'on cherche les excuses de leurs erreurs ou autres absurdités. Cette petite bête que vous voyez avec son biberon, nous l'avons trouvée par le 11 juillet 2006, dans une petite boîte en carton, sur un boulevard marseillais en pleins travaux, au milieu des engins de travaux et de la circulation. Elle était alors agée de deux jours. Nous l'avons récupérée, nourrie, nettoyée, puis nous avons commencé à nous demander de quelle manière une maman chat s'occupait de petits. "Qu'elle passe les 3 semaines, et nous verrons ensuite" nous a dit le vétérinaire. Pourquoi sauver cette petite chose ? Parce qu'elle s'accrochait furieusement à tout ce qui l'entourait, comme pour ne pas se perdre, pour ne pas retourner sur le boulevard. Elle était affamée, elle se gelait, elle était terrifiée. Mes parents avaient prévus de partir, et m'ont laissée chez moi avec la petite bête et un chien blessé à la patte (week-end apprentie véto...) Alors j'ai fais de mon mieux pour m'occuper d'elle, et petit à petit elle s'est

habituée à ma présence. Elle a dormi à côté de moi, et joué avec moi pour ses premiers jours dans une vie qui a démarré de façon pour le moins bancale. Les trois semaines, elle les a atteintes, sans beaucoup grossir, mais en tout cas avec beaucoup d'énergie. Elle braillait pour pouvoir aller à sa caisse, parce qu'elle n'arrivait pas à monter dedans seule, et qu'elle refusait catégoriquement de faire ailleurs que dans les graviers. Sur le quai de la gare, nous devions sortir le sachet "ED litière", à savoir un sachet plastique Ed contenant sa litière, dans lequel il lui fallait à tout prix gratter trois heures pour daigner faire ses besoins. Caractèrielle petite chose, nous étions heureux de voir que les trois semaines s'étaient écoulées, mais elle a alors tout à coup perdu toute son énergie. Nous nous sommes inquiétés, elle ne mangeait pas ou peu, ne braillait plus pour qu'on vienne jouer avec elle... Elle avait surtout une très grosse fièvre. Et pourtant, amorphe, la petite bête trouvait encore la force de nous appeler pour aller faire ses besoins... Jamais elle n'a été sale, alors même que nous, nous aurions tendance à nous laisser aller. Sa patte antiérieure droite s'était mise à

enfler. Petit tour chez le véto, pour lequel elle était enveloppée contre ma poitrine, dans une écharpe au chaud dans ma veste. La bonne femme qui nous reçut l'ausculta, puis songea à une fissure de l'os, pour lequel une radio allait se révéler importante. Tentons d'oublier le fait que, pour lui faire ladite radio, la bonne femme lui cassa sa petite patte sans doute trop fragile et trop sensible pour l'examen. Suite au léger petit écart de ce vétérinaire diplômé -qui plus est dans un cabinet réputé (et à juste tître)-, elle me fut rendue. Je l'avais, tremblante, contre moi, mais étais trop occupée à tenter de la rassurer pour dire quoi que ce soit. La conclusion de cette farce, comble du cynisme de la part de cette bonne femme, fut "Nous allons laisser faire la nature. Ca fera 54 euros" Nous rentrâmes, après avoir entendu que de toutes façons, si le chat mourrait, c'était qu'il devait en être ainsi. Amen. Deux jours plus tard, alors qu'elle n'arrivait même plus à appeler pour sa sciure, et ne faisait de toutes façons plus de besoins, nous sommes retournés chez le vétérinaire, après nous êtres assurées que les visites n'étaient pas
tenues par la bonne femme qui comptait la laisser crever. C'est là que D. Ivanov arrive. Merci docteur, je crois qu'on le lui a dit une bonne trentaine de fois... je le lui ai encore dit hier... Il nous a vues débarquer en larmes, dans tous nos états, si bien qu'il s'est demandé un instant s'il devait soigner le chaton ou les maîtres. 80% qu'elle y reste. 50% de l'anesthésie, le reste de l'opération. Elle avait une infection articulaire, ses os et son articulation du coude produisaient du pus qui avait empli sa patte, et était à l'origine des gonflements et de la douleur. Il lui a fallu 4h pour la nettoyer tout à fait. Nous sommes revenus le lendemain au soir chercher un chaton ensuqué comme un junkie, avec la patte rasée et agrafée de tous les côtés. Krankeinminou :) Le pronostic de base était soit une amputation, soit une paralysie de la patte, et encore, si ce n'était pas la mort. Deux semaines plus tard, le chaton avait décidé de s'en sortir, et n'avait de cesse de gigoter, de chercher à utiliser une patte qui ne lui répondait pas. Puis vint un nouveau rendez-vous où Ivanov la testa, et remarqua qu'elle cherchait à s'en servir, et la bougeait.
Aujourd'hui, Kyo a un an, elle pête le feu (un peu trop) et saute sur ses meubles hauts de 3m50. Elle est caractèrielle, ne se laisse pas caliner comme une peluche. Elle mord sans ménagements, griffe comme une brute.
Toute une Couette pour un Tout ptit Cat
Hier, nous sommes allés chez le véto, où elle a été tout bonnement insuportable, m'a mordu le doigt et m'a percé un ongle avec ses dents. Ivanov, après avoir jeté un oeil à mon doigt enroulé dans du coton plein de bétadine, à rajouté "chat très difficile" sur sa fiche. Mais je suis intimement convaincue que ce sale caractère de cochon est ce qui lui a sauvé la vie... Aussi suis-je plutôt contente, en fin de compte. Si elle n'avait pas été aussi battante, aussi merdeuse, qui sait si elle s'en serait sortie aussi bien ?
Bref, courageux petit animal. Je ne commenterais pas le courage de mes congénaires, d'autant plus que j'ai vu cette ténacité chez certains d'entre eux, mais j'estime que le ptit monstre, que mon Frankeinminou aurait tout de même de bonnes leçons à nous donner...
Pour les photos : Elles sont dans l'ordre chronologique.
Les premières, elle devait avoir un peu moins d'une semaine, au mariage de ma mère, dans mes mains.
Les secondes elle avait dans les quatre semaines, et elles ne sont pas visibles sur la photo, mais les agrafes sont toujours là. Elle souffrait encore beaucoup à l'époque.
Bien plus récentes les troisièmes :) A pont du fossé, en pleine chasse à la mouche.
Les dernières sont toutes fraîches : lors d'un week end pépère entre mon chéri, mon chat et moi lol et la seconde lors de la découverte de freud le poisson rouge.